"Au mois de mars 1476, après sa défaite devant Grandson,
le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, rassembla de nouveau
une formidable armée, pénétra en Suisse par Orbe,
marcha sur Morat, Berne et Fribourg. Il confia le commandement de son armée
au comte de Romont qui se mit en route avec l'avant-garde et s'arrêta
à Estavayer; il commença alors à guerroyer contre
les Suisses. Après avoir réuni tous ses hommes d'armes, il
s'avança par Cudrefin à travers les marais, et par la vallée
de la Broie. Il surprit à l'improviste le village d'Anet. Au premier
signal des sentinelles que les Confédérés avaient
placés pour faire bonne garde, les campagnards des deux sexes apparurent
pleins d'ardeur, munis de toutes sortes d'armes. Les gens de la Neuveville
et de Neuchâtel accoururent au secours de leurs voisins.
Déjà un nombre considérable de Savoyards allaient
opérer leur passage sur le pont de Thielle resté sans défense,
lorsque Jacques Baillod, banneret de Neuchâtel, un homme de
haute stature, s'élança seul au-devant de l'ennemi. Armé
en guerre, muni d'une hache d'arme et protégé par son bouclier,
il se précipita sur l'ennemi en criant : "A moi, enfants de la Comté
!". Jacques Baillod défendit victorieusement le passage du
pont de Thielle contre le comte de Romont; sa hache jetait l'épouvante
dans les rangs des Savoyards et donnait la mort à tous ceux qui
en était atteints. Après une longue résistance et
des efforts surhumains, notre héros, comme Horatius Coclès
le fit sur le pont de Sublicius à Rome, parvint à mettre
en fuite cette foule de guerriers qui, tous bien armés, s'étaient
rués comme des furieux sur ce courageux Neuchâtelois. A cette
vue, le comte de Romont, dont une partie de sa troupe venait d'éprouver
un grand échec à Anet, où les femmes se battirent
héroïquement, retourna sur ses pas; trop faible, disait-il,
pour résister à de pareils hommes, il rejoignit le gros de
l'armée du duc de Bourgogne et alla se faire hacher devant Morat."
Jean-Pierre Baillod - Chancellier de la ville de Neuchâtel (de 19?? à 19??)